Joint PR: Une dissemination risquee de moustiques genetiquement modifies au Burkina Faso hautement contraire a l'ethique

Communiqué de presse du Centre africain pour la biodiversité, le Réseau Tiers monde et GeneWatch Royaume-Uni

9 novembre 2018

Une dissémination risquée de moustiques génétiquement modifiés au Burkina Faso hautement contraire à l'éthique

Le consortium de recherche nommé Target Malaria prévoit une dissémination risquée de moustiques « mâles-stériles » génétiquement modifiés au Burkina Faso dans un avenir très proche. Target Malaria reconnaît toutefois que le lâcher proposé de moustiques génétiquement modifiés n'apportera aucun bénéfice.

Selon Mariam Mayet, directrice exécutive du Centre africain pour la biodiversité : « Absolument rien ne vient justifier ce lâcher de moustiques génétiquement modifiés. Il est hautement contraire à l'éthique et totalement inacceptable de mener des expériences comportant des risques, mais qui pourtant n'apportent aucun bénéfice en matière de lutte antipaludique au Burkina Faso ».

L'application pour des lâchers dans l'environnement de moustiques génétiquement modifiés aurait apparemment été approuvée par l'Agence Nationale de Biosécurité (ANB) du Burkina Faso en septembre 2018. En conséquence, les premiers lâchers dans l'environnement de moustiques génétiquement modifiés en Afrique sont prévus pour le courant de l'année.

La dissémination volontaire a pour vocation de tester l'infrastructure et les systémes en place en vue de futurs lâchers d'insectes issus de technologies, qui à ce jour, demeurent expérimentaux, et incluant notamment des moustiques issus du « forçage génétique ». L'objectif ultime de Target Malaria est de disséminer volontairement des moustiques issus du « forçage génétique», dans le but de réduire la population de moustiques Anophèles, qui peuvent transmettre le parasite vecteur du paludisme. Les promoteurs du projet espèrent qu'une réduction de la population de moustiques contribuera à réduire le risque de transmission du paludisme et par conséquent d'incidence de la maladie.

Toutefois, aucun bénéfice en matière de lutte antipaludique n'est escompté de ce lâcher proposé de moustiques mâles-stériles génétiquement modifiés, qui n'a qu'une vocation expérimentale. Ce lâcher ne constitue pas une étape préliminaire aux essais devant aboutir à une mise en circulation ultérieure des moustiques issus du forçage génétique ; il s'agit d'un lâcher d'un moustique génétiquement modifié entièrement différent.

En lieu et place, ce lâcher de moustiques génétiquement modifiés pose des risques, y compris le risque accidentel que des femelles moustiques génétiquement modifiés soient relâchés au cours des expériences. Bien que Target Malaria affirme que ce nombre sera limité, dans la mesure où les moustiques femelles génétiquement modifiés peuvent piquer les humains et diffuser le paludisme, la mise en circulation des femelles pose toujours un certain risque aux populations locales.

Par ailleurs, des éléments de preuve montrent que Target Malaria paye une compensation de 400 francs CFA (approximativement 70 cents de dollars US) par heure consacrée par les participants à capturer les moustiques femelles venant les piquer sur leur propre corps.

« L'utilisation d'une incitation financière pour que des individus s'exposent aux morsures de moustiques femelles, et potentiellement au paludisme, soulève de très sérieuses questions d'ordre moral », souligne le Dr. Helen Wallace, Directrice de GeneWatch Royaume-Uni.

Aucune publication d'une évaluation des risques environnementaux (ERE) n'est disponible, autre que celle publiée par Target Malaria et aucune consultation publique n'a eu lieu, indépendamment des activités « de consultation publique » conduites par Target Malaria (l'organisation proposant les lâchers). Toute décision de relâcher volontairement des moustiques génétiquement modifiés dans l'environnement requiert une véritable consultation publique, comme exigé par le Protocole de Carthagène sur la biosécurité auquel le Burkina Faso est partie.

« L'absence d'une ERE exhaustive et publiée, sujette à une consultation publique intégrale, mine la légitimité et la crédibilité de l'approbation déclarée de ces expériences » déclare Lim Li Ching, chercheuse principale du Réseau Tiers Monde. « Sans quoi, les populations locales ne peuvent pas être pleinement informées des risques encourus avant de décider si elles acceptent ces risques ou non » précise-t-elle.

Le paludisme est une question de santé publique importante qui affecte l'Afrique de manière disproportionnée. Réduire le fardeau du paludisme de manière significative et durable requiert l'adoption d'une approche plus globale, à l'instar d'investir dans des biotechnologies risquées. Une telle approche doit intégrer des interventions et des travaux de recherche portant sur la santé, le climat, l'agriculture (et au final l'économie et le logement) afin de s'attaquer aux principaux facteurs contribuant à la maladie et à sa transmission.*

Contacts:

Mariam Mayet, téléphone : + 27 83 269 4309

Lim Li Ching, téléphone : +44 7801 411601

Dr Helen Wallace, téléphone : +44 330 0010507/+44 7903 311584

Notes à l'intention des rédacteurs:

  1. Téléchargez notre note de synthèse publiée aujourd'hui, Les moustiques génétiquement modifiés au Burkina Faso : Une note the synthèse à l'attention des Parties au Protocole de Carthagène sur la prévention des risques biotechnologiques. Elle est disponible sur www.acbio.org.za en anglais et en français.
  2. Target Malaria regroupe un consortium d'instituts de recherche bénéficiaires d'un financement de base de la Fondation Bill & Melinda et de l’Open Philanthropy Project Fund, un fonds philanthropique à vocation arrêtée de la Silicon Valley Community Foundation. Des laboratoires indépendants perçoivent également des financements supplémentaires qui viennent appuyer leur travail. Les bailleurs incluent le gouvernement du Royaume-Uni (le Département britannique de l'environnement, de l'alimentation et des affaires rurales et le Conseil pour la recherche médicale), l'Institut Wellcome (un organisme de bienfaisance basé au Royaume-Uni), la Commission européenne, le ministère de la santé ougandais, et le Conseil national scientifique et technologique ougandais (UNCST). (Voir http://targetmalaria.org/who-we-are/)
  3. Le « forçage génétique » est une manière d'essayer de disséminer des traits/caractéristiques transgéniques au sein d'une population entière de plantes ou d'animaux. Dans ce projet, le but du forçage génétique est de disséminer un trait génétique qui influence le ratio sexuel de la population de moustiques en faveur des mâles, supprimant ainsi la population de moustiques. Cependant, la technologie requise à cette fin n'existe pas encore et il se peut que les tentatives en ce sens ne soient pas couronnées de succès. De nombreuses mises en garde ont été émises, y compris par des scientifiques travaillant dans le secteur du forçage génétique. On craint notamment que le forçage génétique devienne incontrôlable et qu’il ait des conséquences imprévues et les organismes de la société civile ont réclamé un moratoire sur cette technique. (Voir http://www.etcgroup.org/content/160-global-groups-call-moratorium-new-genetic-extinction-technology-un-convention)
  4. Le formulaire de consentement pour la collecte des moustiques femelles qui piquent en anglais (traduit de la version originale en français) est accessible ici : https://tinyurl.com/yc9flzgw et le formulaire en français est accessible ici : https://tinyurl.com/y8ko243u
  * A more holistic response to malaria is overdue [Il est grand temps que l'on apporte une réponse globale au paludisme], 22 avril 2016, http://blogs.bmj.com/bmj/2016/04/22/estrella-lasry-a-more-holistic-response-to-malaria-is-overdue/

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